Paris Normandie

Éric Pain dirige la partie commerciale de Team Sun, une entreprise d’Evreux spécialisée dans les centrales photovoltaïques au sol et sur bâtiment.
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Éric Pain est le directeur commercial de l’entreprise Team Sun, située à Évreux (Eure), spécialisée dans les centrales photovoltaïques au sol ou sur bâtiment, qui utilisent des process de « trackers » pour produire une énergie photovoltaïque performante.

Depuis 2015, Team Sun a orienté sa stratégie vers l’autoconsommation, une nouvelle configuration d’installation qui permet de consommer sa propre électricité produite par son installation photovoltaïque, à un prix très compétitif.

Quelle est la spécificité de votre entreprise?

-> Éric Pain: « Pour se singulariser sur un marché très concurrentiel, Team Sun s’est positionné sur un nouveau modèle économique construit sur « l’ingénierie intégrée », afin d’optimiser ses coûts. À partir de son expérience capitalisée depuis 2009 sur les différents appels d’offres de la C.R.E. (Commission de Régulation de l’Énergie) sur les grandes centrales au sol, Team Sun a étendu ses compétences sur le couplage des énergies (fossiles et renouvelables). Notre entreprise met en œuvre un large spectre de technologies : solaire thermique et photovoltaïque, pompes à chaleur, géothermie… Généralement, la difficulté réside dans la manière de « réguler » toutes ces « énergies renouvelables » vis-à-vis d’un projet.

L’auto-consommation pour relancer la filière

Notre cœur d’activité demeure la conception, l’installation, l’exploitation et la maintenance de centrales de production d’énergie solaire : en utilisant des process de « trackers », qui mettent en mouvement les panneaux solaires sur un axe « est-ouest » leur permettant de suivre la course du soleil, le rendement de l’installation est amélioré de 20 à 40 % par rapport à une technologie fixe. »

Qu’est-ce qui distingue le solaire thermique du photovoltaïque?

-> « Le solaire thermique capte, via des panneaux ou des systèmes à concentration, le rayonnement du soleil qui sera transformé en chauffage ou en ECS (Eau chaude sanitaire). Le solaire thermique constitue donc un mode de production de chaleur, soit pour du chauffage domestique, soit pour chauffer de l’ECS ou encore l’eau des piscines pour lesquelles cette technologie est particulièrement performante. Le photovoltaïque, quant à lui, capte la lumière du soleil pour la transformer en électricité.

Ici, le rendement de l’installation va dépendre essentiellement de l’ensoleillement de la zone d’implantation et de la surface des panneaux qui peuvent être installés en toiture, sur un terrain, en fixe ou en trackers. »

Vous souhaitez promouvoir activement «l’autoconsommation», aussi bien auprès des professionnels que de la clientèle résidentielle. En quoi cela consiste-t-il?

-> « Le GMPV-FFB (Groupement des métiers du photovoltaïque de la Fédération française du bâtiment) vient de lancer une campagne de communication nationale qui sera poursuivie en 2015 puis 2016 sur ce thème. Jusqu’à présent, la quasi-totalité des installations de photovoltaïque sont configurées de telle sorte que l’électricité produite par l’installation d’un particulier, par exemple, est revendue au réseau public de distribution, qui rétribue le producteur-vendeur.

Toutefois, avec ce système, le coût de la consommation électrique du bâtiment équipé ne change pas, le producteur perçoit seulement une rémunération sur sa revente d’électricité. Or, ces prix de revente sont en chute libre, car ils sont subventionnés par une taxe, la CSPE (Contribution au service public de l’électricité), payée par chaque abonné sur sa facture d’électricité.

L’autoconsommation, en revanche, consiste à raccorder directement le système photovoltaïque aux équipements électriques du bâtiment, afin de consommer localement sa propre électricité. L’électricité consommée provenant directement de l’installation et non du réseau de distribution public, ce nouveau principe permet de réaliser immédiatement des économies sur la facture de consommation d’électricité. »

Une telle installation, même en mode autoconsommation, est-elle rentable, qui plus est en région normande?

n « Les experts estiment que le prix de l’électricité « traditionnelle » aura augmenté de 30 % minimum entre 2013 et 2017, tandis que le coût de l’électricité photovoltaïque a baissé 50 % depuis 2011. Autrement dit, le coût du kWh photovoltaïque en autoconsommation non seulement sera rapidement plus compétitif que celui du marché – alors que celui-ci ne cessera de grimper dans les années à venir – mais restera également fixe sur toute la durée de vie de l’installation. Quant au retour sur investissement, il faut raisonner sur le long terme, en intégrant le coût de l’installation à celui de sa maison, sur 15 à 20 ans. »

Comment bien choisir le professionnel qui réalise l’installation?

-> « Afin d’éviter les « éco-délinquants » qui ont gangrené le marché, déstabilisé la filière et abusé de la confiance des clients, il existe des certifications permettant d’identifier les professionnels compétents, capables de présenter des devis détaillés et d’offrir des surfaces d’installation viables : « QualiPV » pour le photovoltaïque et « QualiSol » pour le solaire thermique.

Le marché du photovoltaïque a beaucoup souffert de ces pratiques frauduleuses. Aujourd’hui, la FFB et la FFIE (Fédération Française des entreprises de génie électrique et énergétique) conjuguent leurs efforts pour relancer la filière. Notre objectif est de créer un noyau dur dans chaque région pour expliquer que l’autoconsommation peut constituer un nouveau positionnement pour les professionnels et dynamiser leur activité. »

Propos recueillis par E. H. A.
Olivier Harlin : « Le solaire reste un complément »

Olivier Harlin, PDG de l’entreprise Harlin, basée à Luneray (Seine-Maritime), réalise des installations de solaire thermique depuis plus de 30 ans et met en œuvre des panneaux photovoltaïques depuis une dizaine d’années.

Le solaire thermique vous paraît-il rentable dans une région comme la Normandie?

-> Olivier Harlin: « La Normandie se situe dans la même zone d’ensoleillement que l’Alsace ou l’Allemagne, dont nous sommes pourtant à des années-lumière au regard de la surface de panneaux solaires posés. Tout dépend de l’usage que l’on veut en faire. Techniquement, le solaire thermique est intéressant pour compléter une installation de chauffage, mais plus encore pour la production d’ECS (Eau chaude sanitaire) pour laquelle il constitue une solution simple, peu coûteuse et performante, pouvant couvrir jusqu’à 50 % des besoins annuels. Financièrement, l’intérêt est plus limité pour une application de chauffage, pour laquelle l’investissement est plus important avec un temps de retour sur investissement plus long. Et dans tous les cas, le solaire thermique n’apporte qu’un complément car l’ensoleillement peut faire défaut pendant plusieurs semaines. »

Le photovoltaïque est-il intéressant sous notre climat?

-> « Je suis plus réservé quant à son intérêt pour une clientèle de particuliers. À l’échelle des projets calibrés pour les collectivités, qui posent d’importantes surfaces de panneaux pour grandes puissances, intégrés en toiture sans dénaturer le paysage, le photovoltaïque est très performant et rentable. En secteur résidentiel, en revanche, les installations se font souvent au détriment de l’esthétique. Même bien étudié et correctement posé, le rendement est déjà long en raison du coût élevé des installations. De plus, la part de la maintenance est fréquemment sous estimée, pourtant loin d’être négligeable lorsque l’on sait qu’un onduleur qui doit être changé coûte 2 000 €. Clairement, il faut écarter la rentabilité et adopter une démarche écologique avec cette technologie. L’idéal, c’est de consommer ce que l’on produit et ne pas revendre sa production d’électricité. »

Les certifications sont-elles un gage de compétence des installateurs?

-> « Il est très difficile pour les professionnels de maintenir leurs certifications. Il faut, pour les renouveler, justifier d’un certain nombre de réalisations par an. Or, le marché du solaire connaissant un véritable marasme depuis 2005, nous n’avons pas pu conserver nos certifications par manque de projets concrétisés. »